mardi 12 août 2014

Cinq suggestions pour le 12 août

Le 12 août, c'est la journée d'achat du livre québécois. Deux auteurs, soit Patrice Cazeault et Amélie Dubé, ont eu l'excellente initiative de créer un évènement où nous vous invitons à vous rendre en librairie pour encourager l'industrie du livre d'ici. Les détails sont disponibles dans mon billet « Le 12 août, j'achète un livre québécois » et sur la page Facebook de l'évènement. Notez qu'en écrivant ce billet, il y avait plus de 9 000 personnes participants à ce fabuleux projet.
 
Je lis rarement des romans étrangers. C'était un des reproches que j'avais eu d'un enseignant au Cégep. J'ai toujours été attiré par le monde du livre québécois et par les auteurs d'ici. Peut-être parce que je ressens davantage une proximité avec l'auteur, sachant qu'il vit mes réalités et qu'il m'en parle.
 
J'ai aussi encore, avouons-le, une connaissance plutôt sommaire des oeuvres. En début de vingtaine, je n'ai pas encore eu le temps ou l'occasion de lire tous mes classiques. Je me rattrape tranquillement. D'ailleurs, mes achats pour l'évènement du 12 août sont deux classiques de la littérature québécoise :
 
  • La petite fille qui aimait trop les allumettes, de Gaétan Soucy
  • Nikolski, de Nicolas Dickner
 
Néanmoins, pour la journée d'achat du livre québécois, je vous propose d'abord d'aller fouiner dans les librairies et de demander conseil à un libraire sur des livres dans le genre que vous aimez. Si ne vous ne savez vraiment pas quoi acheter, en dernier recours, voici cinq titres québécois qui m'ont énormément plu (l'ordre n'a aucune importance) :
 

1) Du mercure sous la langue, de Sylvain Trudel


Ce roman raconte les dernières semaines de Frédéric Langlois, un adolescent qui, arrivé prématurément au terme de sa vie, fait le bilan de sa courte existence. Maudissant la compassion et la complaisance, le narrateur fustige l'espoir, l'amour, l'âme, la religion, c'est-à-dire toutes les illusions dont les hommes ont besoin pour adoucir leur condition tragique. Lucide jusqu'à la douleur, cruel comme on peut l'être au seuil de la mort, Frédéric repoussera la vie et ses mièvreries jusqu'à son dernier souffle, à peine consolé par cette parole de Marilou, son amie d'infortune : "L'idée qu'il n'y a peut-être rien après la mort est la seule qui pour moi ressemble à un espoir." Du mercure sous la langue apparaît donc comme le chant brutal d'un esprit farouche, isolé mais libre de toute attache, qui profère à la ronde ses dures vérités, quitte à écorcher les fragiles oreilles du monde. Publié d'abord sous forme de nouvelle dans le recueil Les Prophètes, ce texte a été complètement retravaillé et métamorphosé pour devenir peut-être le plus beau et impitoyable roman de Sylvain Trudel.
 

2) Javotte, de Simon Boulerice

 
Javotte, c’est l’histoire contemporaine d’une princesse aux grands pieds. Boulerice revisite le conte de Cendrillon avec un humour noir décapant, concentrant son regard sur Javotte, la demi-sœur cruelle de Cendrillon, avant que cette dernière n’arrive dans sa vie, alors qu’elle cherche la dignité comme une plante qui se tourne naturellement vers la lumière. Voilà une écriture qui navigue entre la finesse d’une pensée philosophique, l’obsession sexuelle et un surréalisme à la Petite vie de Meunier !
 

 

 

 

 

 

3) Transtaïga, d'Ariane Gélinas


Premier tome de la trilogie Les villages assoupis qui met en lumière des villages fantômes québécois, Transtaïga tisse le fil rouge entre les barrages hydro-électriques, les lacs anonymes et les hameaux à la limite de la ligne forestière. Pourvoiries, embarcations en écorce et haltes routières sont clouées dans le récit comme autant d'avertissements mystérieux.

Anissa travaille dans une pouponnière de huskies à la lisière de la route Transtaïga quand Annun, son chien de tête, s’attaque à Léonie, l’orgueilleuse vétérinaire. Ce geste d’Annun semble ouvrir une brèche dans la vie d’Anissa ; elle monte alors dans sa vieille Lincoln, en direction de la route de la Baie James. Elle souhaite ainsi rejoindre le village fantôme de Combourg, fondé par sa grand-mère.

Ce roman que l’on traverse comme une étrange enquête chamanique nous offre une méditation sur les limites de l’ambition dans un environnement où chaque hésitation met la vie en péril et chaque erreur est jugée par la nature. Avec sa narration crépusculaire teintée de fantastique, Ariane Gélinas nous montre comment le passé garde ses secrets et comment l’horreur du quotidien s’incarne parfois dans le simple fait d’être héritière. Elle met en scène les leurres réels et chimériques qui parfois nous enchantent, parfois nous amènent à notre perte.
 

4) Un petit pas pour l'homme, de Stéphane Dompierre


En laissant sa copine, Daniel pensait se libérer de ses tourments et accéder à un monde sans angoisses, peuplé de jolies filles se disputant sa présence. Cette vie de rêve qu'on imagine être celle des célibataires. Il se retrouve plutôt dans un appartement sans meubles, à regarder la vie passer à travers le hublot qui lui sert de fenêtre. C'est petit, c'est moche, mais « au moins c'est sur le Plateau Mont-Royal », alors tout devrait bien aller. C'est alors que la dégringolade commence. Insomnies, remises en question, buanderies, cafés tièdes, spectacle de danse contemporaine, aucun supplice ne lui sera épargné.

À 20 ans, pour Daniel, il n'y avait rien de plus cool que d'être gérant d'une boutique de disques. À 30 ans, c'est autre chose. Sans fric, sans amour, sans projet, Daniel a la désagréable impression de ne pas être adulte, assis sur son banc derrière la caisse enregistreuse à regarder dans le vide. Pour remédier à la situation, il décide d'agir de la façon qu'il connaît le mieux : courir très vite dans tous les sens, sans réfléchir.
 

5) Aliss, de Patrick Senécal

 
Alice, une jeune fille curieuse, délurée, fonceuse et intelligente de Brossard. A dix-huit ans, poussée par son besoin d'affirmation de soi, elle décide qu'il est temps de quitter le cégep et le cocon familial pour aller vivre sa vie là où tout est possible, c'est-à-dire dans la métropole.

À la suite d'une rencontre fortuite dans le métro, Alice aboutit dans un quartier dont elle n'a jamais entendu parler et où les gens sont extrêmement bizarres. Mais c'est normal, non ? Elle est à Montréal et dans toute grande ville qui se respecte, il y a plein d'excentriques, comme Charles ou Verrue, d'illuminés, comme Andromaque ou Chess, et d'êtres encore plus inquiétants, comme Bone et Chair...
Alice s'installe donc et mord à pleines dents dans la vie, prête à tout pour se tailler une place. Or, elle ne peut savoir que là où elle a élu domicile, l'expression être « prêt à tout » revêt un sens très particulier...