mardi 20 mars 2012

Merci Jonathan Reynolds

En réaction au billet d'Isabelle Lauzon, j'ai voulu, moi aussi, rendre hommage à certain Jonathan Reynolds, auteur d'épouvante et éditeur pour la maison d'édition Les Six Brumes.

J'avais 15 ans. 
Un adolescent dans la force de l'âge.

Jonathan : Tu veux des biscuits ?
Jeune homme timide et curieux : Non. Merci.

Ainsi fut-elle la première conversation avec lui. Il me demande si j'écris. Je dis que oui, de temps à autre. En fait, j'écrivais naïvement dans un journal, secondé par mon imaginaire seul, sans but aucun. J'écrivais à la main dans un journal. Les autres me trouvaient fou. 

Jonathan : Si ça t'intéresse, tu devrais envoyer des textes à des fanzines comme Clair/Obscur. 
Jeune homme timide et curieux: Peut-être ... Je sais pas.

Mais, à ce moment là, il avait éveillé une flamme. Celle d'écrire pour être lu, ce qui n'était pas le cas avant. 
J'ai envoyé une nouvelle affreuse à Clair/Obscur. Mais je l'avais fait. Un premier pas dans le monde littéraire. Et je venais d'avoir 15 ans. 

L'an d'après, 16. J'avais écrit une nouvelle à contrainte dans un cours de français au secondaire. J'ai pensé la montrer à Jonathan. J'ai dû réécrire dans le bureau des bénévoles mon texte à la main, parce que l'original était brouillon. Jonathan, très gentil, l'avait plié en quatre et l'avait mis dans sa poche. J'étais un peu déçu, j'étais certain qu'il se disait : «J'ai pas de temps à perdre avec un flo qui se dit capable d'écrire». À cet âge-là, tout nous impressionne. 

La dernière journée du salon du livre de 2008, Jonathan est venu me voir. Il m'a dit ceci, une phrase que je vais me rappeler toute ma vie.

Jonathan : Si t'arrêtes d'écrive mon vieux, je cogne à la porte chez toi et je te frappe. 
Jeune homme impressionné : Ok! Ok !

J'ai eu peur je crois, car je n'ai jamais arrêté depuis.

Jonathan a été celui qui m'a fait connaître le monde littéraire, qui m'a tranquillement intégré à l'équipe des Six Brumes, qui m'a fait voyagé à Rimouski et à Gatineau. Il m'a fait rencontré des tonnes de gens du monde littéraire québécois et m'a ouvert l'esprit. 

C'est drôle parfois comment des gens qui font ce qu'ils font par coeur, sans ambition aucune, sans intentions réelles, ne se rendent pas compte du bien qu'ils font autour d'eux. Jonathan en est un de ceux là. Je suis certain que plusieurs personnes lui sont reconnaissants. Quand on le rencontre dans un salon, c'est lui qui nous fait faire le tour, qui nous permet de nous familiariser avec les équipes, qui s'arrête à chaque kiosque pour nous présenter et nous donner de l'importance. On se sent bien. 

Merci Jo. De tout coeur. J'espère un jour que je prendrai un jeune sous mon aile, de la même manière que tu l'as fait avec moi. 

Si tu lis ceci Jonathan, je te promets ceci. À chaque fois que je vais publier un livre, tu le recevras par la poste. Parce qu'au fond, tu seras responsable de chacun d'eux, indirectement.